Alors là, pas facile de dire quoi que ce soit sur un tel monument tant les repères sont flous, tant cette musique semble unique et insensée. Du coup, pourquoi en parler ? Sans doute parce que j’ai eu des échos du dernier Vincent Delerm et qu’il me faut un remède. [**** ]
Aki Tsuyuko est une jeune femme (c’est déjà ça) dont l’humeur n’a pas l’air vagabonde mais bien profonde (c’est encore ça). Ses harmonies mi-japonnaises, mi-dissonnantes, elle crée une espèce de catalogue d’images toutes plus envoûtantes les unes que les autres. C’est simple et perturbant comme un Rothko qui jouerait de l’orgue. Ces voix qu’elle pose au fil des mesures hypnotise jusqu’aux doigts de pied et terrorise jusque sous les aisselles. Aucun instrument électrique ne vient interrompre la lente traversée du disque. Il suffit de fermer les yeux disait Ringo en parlant de Sheila, là c’est pareil, mais l’effet final est autre : vu qu’il m’est impossible de comprendre les paroles, je peux sans vergogne laisser vaguer mon imagination sur les pentes grasses de mon ignorance. C’est beau, incroyablement frais, déraisonnablement innovant, et probablement suffisamment désordonné pour ne pas y revenir immédiatement. La digestion est difficile quand on s’en va si loin de son quotidien.
Tiens, j’ai faim. Vite du concret !
Label : Thrill Jockey
Réf. : THRILL158
